Souvenances

Publié le par LHEZ-MAKSYMOWICZ

Près de ton portait 

 

Près de ton portrait, les dernières roses enluminent ton sourire pensif. Le jardin va entrer en dormance. Lentement. Sereinement. C'est la loi de la nature. Loi des saisons, immuable, inexorable et pourtant rassurante. Les rosiers sont tailés pour l'hiver. La pelouse reçoit les feuilles mortes, humus pour demain. Le brouillard du matin estompe champs et bosquets.

 

Les troupeaux paisibles font encore de gras repas d'herbe fraîche avant de n'avoir plus que le foin entassé pour ripailles au chaud de l'étable. 

 

Les jours ne s'étirent plus dans la langueur de l'été. Ils se lèvent tard sur le potager où les dernières récoltes seront bientôt rentrées. Ils se couchent tôt maintenant que le froid est à nos portes. Les jours gris se termineront bientôt en soirées frileuses. Les grillons ne chantent plus, charmeurs des prés chauds. Seul le bruit du brouillard tombe en notes lancinantes et douces, en grosses gouttes languissantes venues des branches nues. Je l'écoute en pensant à toi. Dans le silence de la nuit il me murmure ton souvenir. Car tu es mort, toi, au moment où l'hiver, récalcitrant à nous laisser en paix, titillait un peu le printemps têtu avant de reprendre ses neiges jusqu'à l'année prochaine. 

 

En ce début d'automne, un îlot de couleurs défie la saison grise. Le coin où tu reposes est encore fleuri. Comme un vêtement d'amour dont j'habille le reposoir de tes cendres. Chaque jour je veille sur ton repos, comme au temps où je veillais mon petit enfant. Pour que la mort ne te torture pas. Pour que l'amour te réchauffe aux portes de l'inéluctable. Des oiseaux pépient aussi dans les arbres qui protègent ton sommeil.

 

Bientôt, en vols de commandos, les grues venues de l'horizon, nous feront leur adieu, envahissant le ciel, si bruyantes, de leur grou rassembleur. De nouveau tu seras près de moi, comme autrefois. Quand tu étais là, le nez au vent encore doux de septembre, tu les regardais partir, émerveillé.

 

Mes promenades dans les champs seront prudentes, car la chasse va être ouverte, libérant les chiens courants aux aboiements joyeux et excités, la truffe fureteuse. Mais aussi les bruits un peu inquiétants des coups de fusils. 

 

Les petits migrateurs se rassemblent sur les fils électriques, sautillantes notes de la musique de la nature en ordre de voyage sur ces portées improvisées. Les branches du pommier ploient sous les fruits rouges, étayées par la main compatissante de l'homme. Fruits de l'automne un peu consolateurs. 

 

Tu n'as pas vu l'été triomphant, mon fils, Tu aimais la nature à chacun de ses instants. Une neige tardive a accompagné tes derniers jours, réveillant tes bonheurs d'enfant. Quelques fleurs t'ont offert le spectacle, si doux à ton âme souffrante, en désespérance, d'un printemps frileux.Le cerisier s'est décidé à blanchir quelques unes de ses branches. Quelques violettes, pas si timides que ça, ont attiré ton regard fatigué en amicale complicité. 

 

Désormais, je regarde pour toi, avec toi. Je respire pour toi, avec toi. Je cultive pour toi, avec toi. Je voudrais tant qu'au-delà de ta mort tu sois quelque part dans l'univers. Tant que le soir je regarderai le ciel étoilé en imaginant que tu y vogues, délivré de ton corps souffrant, tant que le matin j'ouvrirai les volets sur un jour nouveau, sur le jardin au fil du temps, sur l'étang au coeur du hameau, tant que je vivrai, tu seras le témoin heureux de la vie de notre campagne. Au coin du feu, bientôt, je bercerai mon chagrin au creux des souvenirs. Quand l'hiver sera là, tu seras là aussi. Blotti, ton regard doux e triste, ta voix fatiguée, tes mots tendres et courageux... 

 

Avec le temps, mon fils, je t'offre la vie d'après, celle du coeur fidèle. Ma vie a désormais un supplément d'âme, la tienne si pleine de tendresse. Toi, le taiseux qui maintenant parles si souvent, si fort, dans le silence de ton absence. 

 

Souvenances

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